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Mois européen de la cybersécurité : pourquoi les établissements scolaires sont-ils des cibles de choix ?
En 2025, l’éducation et la recherche ont été le premier secteur visé par les cyberattaques traitées par l’ANSSI. Données sensibles, milliers de comptes, outils multiples, moyens humains limités : les établissements scolaires, publics comme privés, cumulent les facteurs d’exposition, jusqu’aux attaques venues de l’intérieur ou motivées par la recherche de notoriété. La bonne nouvelle ? Quelques réflexes simples, partagés par toute la communauté éducative, font déjà une vraie différence.
Chaque mois d’octobre, le Mois européen de la cybersécurité remet un sujet fondamental sur le devant de la scène : la protection de nos vies numériques.
Et la question n’est plus théorique pour le monde de l’éducation. En 2025, l’éducation et la recherche arrivaient en tête des secteurs les plus visés par la cyberattaques traitées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Chefs d’établissement, du public comme du privé, vous êtes en première ligne face à ces risques.
Mais alors, pourquoi les établissements scolaires attirent-ils autant les attaquants ? Quelles formes prennent ces attaques ? Et surtout : comment chacun peut contribuer, à son niveau, à limiter les risques ? Tour d’horizon.
Sommaire
- Octobre : un mois pour mettre à jour sa cybersécurité !
- L’éducation : premier secteur visé en 2025
- Pourquoi l’école attire-t-elle les attaquants ?
- Quelles sont les attaques les plus courantes ?
- Une vigilance partagée, sans culpabiliser personne
- Pour aller plus loin
Octobre : un mois pour mettre à jour sa cybersécurité !
Le Mois Européen de la cybersécurité (ou ECSM pour European Cybersecurity Month) a lieu chaque année du 1er au 31 octobre. Soutenu par l’homologue de notre ANSSI, c’est-à-dire l’Agence de l’Union Européenne pour la cybersécurité (ENISA) et par la Commission Européenne, cette campagne est relayée par les Etats membres et par de nombreux acteurs privés et publics.
Son objectif : sensibiliser le grand public et les professionnels aux risques numériques et aux bon réflexes.
L’édition 2026 du Cybermois met l’accent sur les compétences des salariés face aux menaces sur leur lieu de travail. Un thème qui parle donc directement aux établissements scolaires, où enseignants, personnels administratifs et vie scolaire manipulent quotidiennement des données et des outils numériques.
En France, le Cybermois est coordonné par le dispositif national d’assistance aux victimes et de prévention, relayé par Cybermalveillance.gouv.fr. Le slogan de cette édition ? “Se cyberprotéger, ce n’est pas si bête” auquel s’ajoute la mise en scène d’animaux qui illustrent les bonnes pratiques à adopter. La CNIL met également à disposition des ressources pensées pour les 8-15 ans et leurs enseignants.
L’éducation : premier secteur visé en 2025
Les chiffres de l’ANSSI sont sans équivoque. Dans son panorama de la cybermenace 2025 public au mois de mars dernier, l’agence recense 1 366 incidents. Le secteur “éducation et recherche” arrive en tête des secteurs les plus visés, avec 34% du total, devant les ministères et les collectivités (24%) et la santé (10%).
Mais attention, l’ANSSI rappelle aussi que ces chiffres sont à mettre en perspective. Les secteurs cités comptent beaucoup d’entités publiques, plus enclines à la contacter en cas d’incident, même mineur. Il englobe par ailleurs aussi les universités et les laboratoires. Mais l’enseignement scolaire n’est pas épargné, le rapport le souligne : “les établissements scolaires, notamment d’enseignement primaire et secondaire, ont été particulièrement touchés en 2025”. Certains ont dû fonctionner en mode dégradé pendant plusieurs semaines, avec des difficultés d’accès à leurs ressources internes. L’agence a aussi traité plusieurs attaques contre ce type d’établissements menées par des cyber attaquants au niveau technique limité - prouvant par la même occasion que ces attaques sont le plus souvent opportunistes.
Ces statistiques reflètent surtout les incidents signalés à l’agence. Mais les risques, eux, ne s’arrêtent pas à la frontière entre public et privé. À la rentrée 2025, l’Enseignement catholique scolarisait plus de 2 millions d’élèves, soit 17,4 % des effectifs, et représente 96 % des établissements privés sous contrat. Mêmes outils, mêmes usages, mêmes portes d’entrée : chaque établissement est concerné.
Pourquoi l’école attire-t-elle les attaquants ?
Si les établissements scolaires sont des cibles de choix, ce n’est pas faute de vigilance. C’est d’abord une question de configuration, avec plusieurs caractéristiques propres au monde éducatif qui se cumulent.
Des données nombreuses et sensibles
Les données de scolarité sont gérées selon des circuits encadrés. Mais, au quotidien, une partie de ces données est utilisée dans de nombreux outils : ENT, vie scolaire, messageries…À ces données s’ajoutent tous les messages échangées avec les familles, les motifs d’absence, les notes, les appréciations…Et tout cela concerne en grande partie des mineurs, ce qui rend ces données d’autant plus précieuses pour des fraudeurs.
Des milliers de portes d’entrées
Élèves, parents, enseignants, personnels administratifs, intervenants extérieurs : chaque compte est une porte d’entrée potentielle. Et les profils de compréhension et d’utilisation sont très variés : de l’élève de sixième qui découvre son premier identifiant au personnel qui jongle entre plusieurs applications. Il suffit d’un mot de passe réutilisé ou communiqué à un camarade pour ouvrir une brèche.
Un écosystème numérique riche et partagé
ENT, logiciels de vie scolaire, messageries, outils pédagogiques, postes en libre service, tablettes, appareils personnels…Le numérique éducatif se repose sur de très nombreux outils digitaux dont la gestion est par ailleurs partagée entre plusieurs acteurs : l’État, les collectivités ou l’organisme de gestion de l’établissement, les éditeurs de solutions et les équipes sur place. Une richesse pour les usages, mais aussi une surface d’exposition plus large pour un attaquant.
Des moyens humains limités sur le terrain
Rares sont les établissements qui disposent d’une équipe informatique dédiée. Le suivi du parc repose le plus souvent sur un référent numérique, un prestataire, un agent de la collectivité ou un salarié de l’organisme de gestion, dont le temps est compté. Les attaquants sont conscients de ces données et privilégient ainsi les cibles dont la détection risque d’être plus lente.
Une activité qui ne peut pas s’arrêter
Bulletins, examens, emplois du temps, communication avec la famille : un établissement ne peut pas se permettre de subir plusieurs jours d’interruption. Cette pression de continuité est précisément ce que recherchent les auteurs de rançongiciels. Et, lorsqu’il s’agit de semer le trouble, l’école est la garantie d’un fort retentissement.
Quand l’attaque vient de l’intérieur : le kidhacking
Toutes les attaques ne viennent pas de loin : certaines naissent… dans la cour de récréation. On parle alors de kidhacking, lorsque des élèves s’en prennent aux outils numériques de leur propre établissement. Au Royaume-Uni, l’autorité de protection des données (ICO) a analysé 215 violations de données causées de l’intérieur dans des établissements scolaires entre 2022 et 2024 : 57 % étaient le fait d’élèves. Près d’un tiers de ces incidents reposaient sur des identifiants volés, et dans 97 % de ces cas, ce sont des élèves qui étaient en cause. Le plus souvent, pas besoin de prouesse technique : un mot de passe trop simple, deviné ou noté sur un bout de papier suffit.
Les motivations ont souvent peu à voir avec la grande criminalité : un défi entre copains, l’envie de se faire remarquer, une rivalité ou une vengeance, ou simplement la curiosité de tester ses compétences. Mais ces « jeux » peuvent avoir de vraies conséquences pour l’établissement, pour les familles concernées… et pour l’élève lui-même. Ces jeunes ne sont pas des « méchants » à démasquer : ce sont souvent des passionnés qu’il faut aider à mettre leurs talents du bon côté. C’est aussi ça, la sensibilisation !
En quête de notoriété : le fame hacking
Pour une partie des attaquants, le butin n’est pas seulement financier : il est aussi symbolique. C’est ce qu’on appelle le fame hacking, pirater pour la notoriété. Une note de la police et de l’Office anti-cybercriminalité (Ofac), relayée par franceinfo, a étudié 31 personnes poursuivies en France pour des vols de données entre septembre 2023 et janvier 2026. Leur profil : surtout des hommes de 13 à 23 ans, majoritairement mineurs, âgés de 17 ans en moyenne, décrits comme « socialement isolés et fortement sensibles à la quête de notoriété ». D’où leur intérêt marqué pour les institutions publiques. Et pour un attaquant en quête de visibilité, un collège ou un lycée reste une institution, qu’il soit public ou privé. Interrogé par France 2, l’un d’eux résume ses motivations en une phrase : « Pour la fame et l’argent. »
L’école coche toutes les cases : une institution connue de tous, une communauté immense, et des messages capables de faire réagir des milliers de familles en quelques minutes. Autre trait de cette quête de visibilité : les attaques sont souvent mises en scène, voire gonflées. L’ANSSI observe ainsi que certains attaquants cherchent à maximiser la portée médiatique de leurs actions et en exagèrent régulièrement les effets réels. Face à une revendication spectaculaire, mieux vaut donc garder la tête froide et attendre des informations vérifiées.
Quelles sont les attaques les plus courantes ?
Les menaces qui pèsent sur les établissements ne relèvent pas toujours de la haute technologie. La plupart exploitent tout simplement la confiance et les habitudes du quotidien.
- L'hameçonnage (phishing) : un faux message, souvent aux couleurs d'un service connu, invite à cliquer sur un lien ou à saisir ses identifiants. C'est la porte d'entrée la plus fréquente.
- La compromission de comptes : une fois des identifiants récupérés, l'attaquant se fait passer pour l'utilisateur. Il peut alors accéder à des données ou envoyer des messages à toute une communauté, avec la crédibilité d'un expéditeur légitime.
- Le rançongiciel : un logiciel malveillant chiffre les fichiers et bloque les systèmes. Une rançon est ensuite réclamée pour les débloquer, parfois avec la menace de publier les données volées.
- Le déni de service : des services en ligne sont saturés de requêtes jusqu'à devenir inaccessibles, au moment où l'on en a le plus besoin, une rentrée ou une période d'inscriptions par exemple.
Une vigilance partagée, sans culpabiliser personne
Aucune organisation n’est à l’abri d’une cyberattaque. La cybersécurité n’est pas qu’une affaire de bons et de mauvais élèves. C’est un effort collectif, qui repose autant sur la technique que sur des habitudes partagées. Pour un chef d’établissement, l’enjeu n’est pas de devenir expert en cybersécurité, mais d’installer une culture où l’on ose signaler.
Quelques réflexes simples font déjà une vraie différence, pour les adultes comme pour les élèves :
- Prendre le temps avant de cliquer. Un message urgent, inhabituel ou trop beau pour être vrai mérite toujours une seconde lecture.
- Garder ses identifiants pour soi. Un mot de passe ne se prête pas, même à un camarade ou un collègue de confiance.
- Utiliser un mot de passe différent pour chaque service et activer la double authentification quand elle est proposée.
- Se déconnecter des postes partagés, en salle informatique comme au CDI.
- Faire les mises à jour des appareils et des applications dès qu'elles sont disponibles.
- Signaler sans attendre. Un clic malencontreux arrive à tout le monde. Le signaler vite à la direction ou au référent numérique permet de limiter les dégâts.
Ce dernier point est sans doute le plus important. Une communauté où l’on ose dire “j’ai un doute” ou “je crois que j’ai cliqué” réagit plus vite qu’une communauté où l’erreur fait peur. Le cyber mois est d’ailleurs l’occasion parfaite d’en parler !
Ces réflexes sont une première étape. Prochainement, nous irons plus loin dans de nouveaux articles consacrés aux mesures à mettre en place à l’échelle de l’établissement : sauvegardes, gestion des accès, protection des sites web, préparation à un incident…
Pour aller plus loin
- Cybermalveillance.gouv.fr : fiches pratiques, kits de sensibilisation et programme du Cybermois.
- 17Cyber : le service d'assistance en ligne aux victimes, lancé en décembre 2024 par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr (communiqué).
- Cybermois 2026 sur le site de la CNIL : ressources pour les 8-15 ans et leurs enseignants.
- Panorama de la cybermenace 2025 de l'ANSSI : l'état des lieux annuel de la menace en France.