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Enseignement Supérieur : la sécurité numérique est-elle devenue la nouvelle frontière de l'éthique académique ?
Dans un monde académique désormais "phygital", la frontière entre le campus physique et l'espace numérique s'est effacée. Alors que janvier célèbre l'éducation et février la sécurité sur Internet, ces deux événements résonnent avec une acuité particulière pour l'Enseignement Supérieur.
Entre la menace croissante des cyberattaques contre les universités, l'irruption de l'IA générative dans les amphis et la précarité numérique des étudiants, la sécurité n'est plus une simple question informatique (DSI). C'est un enjeu de gouvernance, de pédagogie et de valeurs humaines. Kosmos analyse comment le Supérieur peut transformer ces défis techniques en leviers d'excellence éthique.
La transformation numérique de l'Enseignement Supérieur n'est plus un projet ; c'est un état de fait. LMS (Learning Management Systems), campus virtuels, dématérialisation des inscriptions et des diplômes : l'étudiant de 2024 vit son parcours au travers d'interfaces.
Pourtant, cette hyper-connexion expose les établissements et leurs usagers à des risques inédits. Le Safer Internet Day ne concerne pas uniquement les adolescents sur les réseaux sociaux ; il interroge la résilience de nos institutions de savoir. À l'occasion de la Journée internationale de l'éducation, il est temps de poser une question centrale : comment former des professionnels éclairés si l'environnement numérique dans lequel ils évoluent n'est pas lui-même un modèle de sécurité et d'éthique ?
I. La souveraineté des données : un enjeu démocratique et stratégique
La première "valeur humaine" à défendre dans le Supérieur est la liberté, qui passe aujourd'hui par la souveraineté numérique.
Les universités et grandes écoles sont des mines d'or pour les cybercriminels. Elles hébergent des données de recherche sensibles (propriété intellectuelle), des données personnelles d'étudiants et des infrastructures critiques. Selon l'ANSSI, le secteur de l'éducation est régulièrement ciblé par des ransomwares. Mais au-delà du risque de piratage, c'est le modèle économique des données qui pose question.
L'étudiant n'est pas un produit
Lorsqu'un établissement fait le choix de solutions souveraines (comme celles proposées par Kosmos) plutôt que de livrer ses étudiants aux géants de la Tech (GAFAM), il pose un acte politique fort. Il affirme que les données d'apprentissage (Learning Analytics) doivent servir à la réussite de l'étudiant, et non au profilage publicitaire.
La sécurité, ici, c'est garantir à l'étudiant un espace de confiance. C'est l'assurance que ses essais, ses notes et ses échanges avec le corps professoral restent dans le giron académique.
- L'enjeu : Passer d'une conformité RGPD subie à une éthique de la donnée revendiquée.
- La valeur : Le respect de la vie privée comme condition sine qua non de la liberté intellectuelle.
II. Santé mentale et droit à la déconnexion : le "Safe" au-delà du technique
Si le Safer Internet Day vise traditionnellement à protéger des prédateurs, dans le Supérieur, le danger vient souvent de l'usage lui-même. L'hyper-connexion, accentuée par l'hybridation des cours, a engendré une fatigue numérique (Zoom fatigue) et une porosité toxique entre vie privée et vie étudiante.
La sécurité numérique doit donc intégrer la dimension de la santé mentale. Un environnement numérique "sûr" est un environnement qui ne s'aliène pas l'utilisateur.
L'urgence de la déconnexion
Les établissements ont un rôle de régulateur à jouer. Cela passe par :
- L'ergonomie des outils : Un portail numérique (ENT) unique et clair réduit la charge mentale. L'étudiant ne doit pas s'épuiser à chercher l'information sur dix plateformes différentes.
- Le droit à la déconnexion : Inculquer aux futurs cadres et employés que la réactivité immédiate n'est pas une compétence, mais souvent un frein à la productivité réelle.
- La lutte contre l'isolement : Le numérique doit créer du lien (communautés d'alumni, mentorat en ligne) et non enfermé l'étudiant dans une bulle algorithmique.
"Nous avons connecté les machines, il nous faut maintenant prendre soin des humains qui les utilisent." Cette maxime, de plus en plus présente dans les colloques EdTech, rappelle que le bien-être étudiant est la précondition de la réussite académique.
III. IA et intégrité académique : former l'esprit critique 2.0
L'arrivée fracassante de l'Intelligence Artificielle générative (ChatGPT, Claude, etc.) a bouleversé l'évaluation dans le Supérieur. La "sécurité" de l'enseignement est ici menacée par le risque de plagiat automatisé et d'uniformisation de la pensée.
Cependant, interdire ces outils serait un contresens historique, comparable au refus de la calculatrice. La Journée internationale de l'éducation nous invite à réinventer la pédagogie. La valeur humaine à placer au centre n'est plus la mémorisation, mais le discernement.
Du plagiat à la collaboration homme-machine
Un internet "sûr" pour un étudiant-chercheur, c'est un internet où il sait distinguer le vrai du faux. L'école doit devenir le lieu où l'on apprend à auditer l'algorithme.
- Transparence : Apprendre à citer l'IA comme on cite un auteur.
- Vérification : Comprendre les biais des modèles de langage et les hallucinations de l'IA.
- Responsabilité : Rappeler que l'outil propose, mais que l'humain dispose (et signe).
L'éthique de l'IA devient ainsi une compétence transversale ("soft skill") indispensable, qu'il s'agisse de former des ingénieurs, des juristes ou des littéraires.
IV. La "Cyber-Hygiène" : une compétence professionnelle incontournable
Enfin, relier Éducation et Cybersécurité, c'est préparer l'insertion professionnelle. Aujourd'hui, une entreprise ne recrute pas seulement un savoir-faire technique, elle recrute un collaborateur qui ne mettra pas en péril la sécurité de l'organisation.
La "cyber-hygiène" (gestion des mots de passe, détection du phishing, protection des terminaux) n'est plus une affaire de techniciens, mais une compétence de base, au même titre que l'anglais ou la bureautique.
L'établissement comme lieu d'entraînement
Les plateformes numériques de l'enseignement supérieur (ENT, applications mobiles) doivent être les lieux d'entraînement de ces bonnes pratiques.
- En imposant l'authentification multifacteur (MFA), l'établissement habitue l'étudiant aux standards du monde professionnel.
- En sensibilisant à l'ingénierie sociale (les arnaques ciblant les étudiants sont légion), on forme des citoyens alertes.
L'objectif est de faire de chaque diplômé un "pare-feu humain", capable de protéger son futur employeur et sa propre identité numérique.
Vers un humanisme numérique universitaire
En croisant les regards de la Journée internationale de l'éducation et du Safer Internet Day, le constat pour l'Enseignement Supérieur est clair : la technologie ne peut pas être neutre. Elle porte les valeurs de ceux qui la conçoivent et de ceux qui la déploient.
Pour Kosmos, accompagner le Supérieur, ce n'est pas seulement fournir des tuyaux sécurisés. C'est aider les établissements à bâtir un écosystème numérique qui respecte la souveraineté des données, préserve la santé mentale des étudiants et encourage l'intégrité intellectuelle.
L'université de demain sera sûre, non pas parce qu'elle sera fermée, mais parce qu'elle sera peuplée d'intelligences humaines formées, critiques et responsables. C'est là tout le sens de l'éducation.