L'innovation numérique peut-elle réparer les inégalités qu'elle risque de créer ?

Publié le 10 février 2026 par Doriane - Modifié le 10 février 2026 à 12H26

Aujourd'hui le 10 février 2026, le Safer Internet Day nous rappelle l'importance d'un environnement numérique protecteur. Mais de quelle "protection" parlons-nous si les portes de l'école numérique restent fermées à une partie des apprenants ?

Étudiants en situation de handicap, fracture sociale, illectronisme : alors que le "tout-numérique" devient la norme dans le Supérieur et le scolaire, la question de l'accessibilité est une urgence éthique. Chez Kosmos, nous défendons une vision où la technologie ne doit laisser personne sur le bord du chemin.

L'histoire du numérique éducatif a souvent été écrite sous l'angle de la performance : aller plus vite, stocker plus, connecter mieux. Mais à l'heure où l'Environnement Numérique de Travail (ENT) devient l'agora centrale de la vie scolaire et étudiante, une nouvelle exigence émerge : l'universalité.

L'inventeur du Web, Tim Berners-Lee, affirmait : "Le pouvoir du Web est son universalité. L'accès par tous, quel que soit le handicap, est un aspect essentiel." Pourtant, en 2024, naviguer sur les plateformes éducatives reste un parcours du combattant pour les malvoyants, les "DYS", ou les étudiants précaires. Un internet "sûr" (Safe), c'est avant tout un internet qui ne discrimine pas. C'est un espace où la technologie s'efface pour permettre à chacun, quelles que soient ses singularités cognitives ou physiques, d'accéder au savoir.

L'accessibilité numérique (RGAA) : au-delà de la contrainte légale, un impératif civique

En France, le Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité (RGAA) impose aux services publics numériques d'être accessibles. Pourtant, le taux de conformité réel des sites publics reste faible.

Dans l'éducation, l'enjeu est critique. Un élève aveugle qui ne peut pas lire le PDF de son cours sur l'ENT est de facto exclu de la classe. Un étudiant sourd qui ne peut pas suivre une vidéo pédagogique non sous-titrée est privé de son droit à l'instruction.

La technique au service de l'humain

L'accessibilité ne doit pas être vue comme une surcouche de code contraignante, mais comme l'expression technique de la valeur de Fraternité.

  • Pour les déficients visuels : Cela signifie des interfaces compatibles avec les lecteurs d'écran, des contrastes suffisants, des textes alternatifs sur les images.
  • Pour les troubles moteurs : C'est la possibilité de naviguer intégralement au clavier, sans souris.

Chez Kosmos, nous intégrons ces normes dès la conception (Accessibility by Design). Car un outil numérique qui n'est pas accessible est un outil qui trahit la promesse de l'école républicaine.

Neurodiversité et design cognitif : vers un apaisement numérique

Le Safer Internet Day s'intéresse à la santé mentale. Or, pour les profils neuroatypiques (TDAH, spectre autistique, DYS), l'internet "standard" est souvent un lieu d'agression sensorielle et cognitive. Pop-ups, notifications incessantes, interfaces surchargées : cette pollution numérique génère anxiété et décrochage.

L'inclusion numérique, c'est aussi le Design de l'Attention. Une interface inclusive est une interface "calme", qui respecte la charge cognitive de l'utilisateur.

L'ENT comme outil de compensation

Le numérique possède un pouvoir magique : il peut compenser le handicap.

  • Pour un élève dyslexique : L'outil numérique permet de changer la police (OpenDyslexic), d'agrandir l'interligne, ou d'activer la synthèse vocale pour lire un énoncé.
  • Pour un élève TDAH (Trouble de l'Attention) : Une interface épurée, sans distractions visuelles, permet de se concentrer sur la tâche.

Ici, la "valeur humaine" défendue est la Bienveillance. Le logiciel ne juge pas ; il s'adapte. Il offre à l'élève un cadre sécurisant où il peut apprendre à son rythme, sans la stigmatisation d'être "différent" devant ses camarades.

La fracture numérique invisible : l'illectronisme chez les "digital natives"

Il existe un mythe tenace : celui des "Digital Natives" qui sauraient tout faire avec un écran. La réalité du terrain, documentée par de nombreuses études sociologiques, est bien différente. Être capable de scroller sur TikTok ne signifie pas être capable d'envoyer une pièce jointe formelle, de convertir un fichier ou de comprendre une arborescence de dossiers.

Cette précarité des compétences, ou illectronisme, touche près de 20% des jeunes selon l'INSEE. Elle se double souvent d'une précarité matérielle (l'étudiant qui rédige son mémoire sur un smartphone car il n'a pas d'ordinateur).

L'éducation à l'autonomie numérique

Pour que l'internet soit "sûr" et utile, l'école doit accompagner ces usages.

  • Responsive Design : Les outils doivent être parfaitement fonctionnels sur mobile ("Mobile First"), car c'est souvent le seul écran disponible pour les familles modestes.
  • Ergonomie intuitive : La complexité technique ne doit pas être un barrière sociale. Un outil bien conçu est un outil qui ne nécessite pas de manuel.

L'inclusion, c'est refuser que le numérique devienne un nouveau facteur de tri social. C'est garantir que l'outil institutionnel (l'ENT) soit le levier qui comble le fossé, et non celui qui le creuse.

L'intelligence artificielle : menace ou opportunité pour l'inclusion ?

L'arrivée de l'IA dans l'éducation soulève des questions éthiques majeures. Si elle est mal entraînée, l'IA peut reproduire et amplifier les biais racistes, sexistes ou sociaux.

Mais si elle est guidée par des valeurs humaines, l'IA devient un formidable levier d'inclusion :

  • La traduction instantanée pour les élèves allophones ou les parents ne parlant pas la langue.
  • L'adaptation automatique des contenus au niveau de l'élève (Adaptive Learning), permettant à chacun de progresser sans être écrasé par la norme du groupe.
  • Le sous-titrage automatique des cours pour les malentendants.

La gouvernance des projets numériques doit veiller à ce que ces technologies soient des "assistants d'inclusion" et non des boîtes noires discriminantes.

Le design universel, profit de tous

Il existe un principe célèbre en architecture et en design web : ce qui est indispensable pour 10% de la population est confortable pour 100% de la population. Une rampe d'accès est vitale pour un fauteuil roulant, mais elle est aussi très pratique pour une personne avec une valise ou une poussette.

Il en va de même pour le numérique éducatif.

  • Un cours bien structuré pour un lecteur d'écran est plus clair pour tout le monde.
  • Une vidéo sous-titrée pour un sourd est utile pour l'étudiant qui révise dans le métro sans écouteurs.

En cette période dédiée à l'éducation et à la sécurité numérique, Kosmos réaffirme sa conviction : l'inclusion n'est pas une faveur faite aux minorités, c'est une amélioration de la qualité de vie pour tous. Construire un numérique inclusif, c'est simplement construire un numérique plus humain. C'est passer de la "connexion" à la "relation".